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Croyez-le ou non, mais j’écris ces mots à 04h33 du matin, poussé par une énergie incontrôlable et une pulsion que je ne peux qu’appeler « inspiration ».
Pour moi, il y a deux types d’inspirations, celle qui vient à nous brutalement, l’inspiration artistique, qui nous réveille d’un coup et nous obsède au point de devoir se lever (Oui, je voulais dormir moi). Et la « simple » inspiration, que nous avons acquise, par le biais de nos références, notre environnement, et dont nous avons besoin pour créer, avoir de bonnes idées et être original.

L’inspiration est pour moi quelque chose de mystique, nous essayons de la contrôler, de la trouver à tout prix et pourtant elle est indomptable. Nous essayons de la comprendre et pourtant elle est inexplicable.
Révélation foudroyante ? Force obscure ? Illumination ? Extase ? Beaucoup de théories tentent de définir ce phénomène. Ce qui est sûr c’est qu’elle est totalement spontanée et brutale (je vous jure que je voulais dormir…).

L’inspiration est l’une des premières étapes de la création. Je pense cependant qu’elle n’est pas magique, c’est un processus qu’il faut travailler, elle n’arrive pas par hasard ou par chance. Comme toute chose, il faut donner l’impulsion de départ.


L’aspiration et l’inspiration sont étroitement liées de par leurs étymologies et leurs sens. Sans aspiration, il n’y a pas d’inspiration.
Pour moi, la créativité est un jardin, dans lequel il faut d’abord planter une “graine”, qui représente nos idées, pensées ou désirs. L’inspiration n’est que l’engrais qui booste la croissance et la qualité de cette graine.

Si ce phénomène n’est pas dû au hasard ou à l’alignement des étoiles, comment le travailler ? Comment le comprendre ? Et surtout comment avoir un minimum de contrôle sur celui-ci ? À l’heure où beaucoup de projets créatifs ont été mis en place, comment avoir LA bonne idée pour être original ?

Pour tenter de répondre à ces questions, j’ai l’honneur d’interviewer Fabien Olicard, passionné par le mental, le cerveau et tout ce qui le stimule. Comme vous pouvez le voir, il n’est pas photographe et c’est ce que je trouve intéressant : sortir du monde de la photographie pour pénétrer dans l’univers du cerveau et du mental et ainsi nous apporter une expertise différente.

Q : Fabien Olicard, bonjour, merci d’avoir accepté de répondre à ces questions. Tout d’abord et comme c’est la coutume, pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Bonjour, tu fais bien de le demander car il y a beaucoup de personnes qui ne me connaissent pas. J’ai fait le calcul l’autre jour, il y a près de 4 millions de personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux, ce qui est énorme ! Mais en réalité, ça ne fait que 5% des Français. Donc je pense qu’il faut toujours se présenter :

Je m’appelle Fabien Olicard, j’ai 38 ans, je suis passionné par le cerveau depuis tout petit. J’en ai fait une passion qui s’appelle “le mentalisme” et c’est devenu un métier lorsque j’ai commencé à monter sur scène, il y a plus de 10 ans, pour faire des spectacles d’humour et de science sur ce thème. Ensuite, j’ai commencé à en faire des vidéos en 2016 et des livres en 2017.

Q : Comment te viennent le plus souvent tes idées ?

J’ai un peu débordé sur la question, elles me viennent de moments où je “chill”, où je ne fais rien. J’ai une hygiène de vie où je passe moins d’une heure par jour sur mon téléphone donc je passe très peu de temps sur les réseaux contrairement aux apparences, et ça veut dire que dans toutes les situations d’ennui, quand je suis dans une file d’attente, à l’arrière d’une voiture pour un trajet en taxi par exemple, je visualise des choses dans ma tête, je laisse faire et j’extrapole, je visualise beaucoup, je fantasme. J’imagine des choses que j’aimerais faire ou voir et en partant de là, des idées commencent à me venir.
Un exemple concret : Quand je suis invité sur une émission de tv et que je dois faire un numéro spécial pour l’occasion, c’est dans les moments d’ennui où je m’imagine en train de faire le numéro sur le plateau de cette émission. En me laissant un peu aller mentalement, je teste des choses dans ma tête et puis, une chose en entraîne une autre.
L’inspiration pour moi, c’est rarement devant la feuille blanche en fait. Il faut que je sois dans la vie courante.

Q : Quelles sont les étapes de ton processus créatif ? Comment prépares-tu les prémices de tes projets ?


D’abord je prépare mes projets, je les fantasme et les visualise sans limite. Aucune limite de budget, de temps ou de technologie, comme si tout existait. Je me dis que si je me laisse aller au “plus”, après je règlerai les problèmes et on descendra un peu le niveau si le besoin se présente. Alors que si je prends en compte toutes les problématiques dès le départ, je ne vais jamais oser aller trop haut. Alors que si on part à l’inverse on trouve des solutions auxquelles on n’aurait pas pensé. Ensuite, j’établis un plan de marche de toutes les grandes actions, un peu comme si je devais faire un trajet « Paris – La Rochelle » en voiture, je vais me dire :
« Il faut que je passe par Niort, ensuite par Poitiers, puis je vais prendre telle direction… »
J’établis donc les grosses directions, puis je scinde en sous-catégories pour après régler les choses petit à petit… ça c’est pour la plupart de mes projets.
Ce n’est pas la même chose quand j’écris un livre, au contraire. Je vais écrire 50 000 à 60 000 mots d’affilée. Il me faut à peu près un mois à un mois et demi pour faire ça, sans me juger du tout, afin de créer de la matière première. C’est cette matière première que je vais retoucher. Je vais me faire un plan sur “comment je retouche, comment je structure, comment je réécris, comment je corrige, etc… » Selon le projet, je dois créer beaucoup de matière première avant de faire un plan, et des fois je crée le plan avant de créer la matière.

 

Q : En quoi l’inspiration t’aide dans tes projets ? En as-tu souvent besoin ?

L’inspiration m’aide sur tous les projets.
Elle m’aide à être originale dans mes projets, qui est pour moi essentiel.
L’inspiration n’est pas là pour me démarquer, elle est présente pour insuffler à mes projets, qui je suis à l’intérieur, et ce que j’ai envie de voir.
Parce qu’au final, tu crées toujours ce que tu as envie de voir.
J’imagine que toi, quand tu veux faire des photos, c’est parce qu’à la base tu aurais aimé voir ces photos quelque part.
Pour conclure, tout est inspiré. Je vais même faire une phrase bateau, mais je crois que “tout est inspirant” et tout ce qu’on fait doit être inspiré.

Q : Es-tu souvent inspiré ? Quand es-tu le plus souvent inspiré ? Y a-t-il des conditions à remplir pour que tu le sois ? Si oui, lesquelles ?   

 Alors là c’est compliqué, oui je suis souvent inspiré parce que j’ai travaillé ça, ne serait-ce qu’en faisant une vidéo par jour en 2016. C’était pour travailler sur mon inspiration et ma créativité, donc ça a créé des réflexes, il ne faut pas oublier que ces notions se travaillent.
Les moments où je suis le plus inspiré c’est soit quand je n’ai strictement plus rien à faire. Je vais jouer à la console, par exemple, et les idées vont venir d’elles-mêmes… Enfin les “envies” de lancer des nouvelles choses. Ou alors au contraire (et ça c’est relou), c’est quand je suis “dans le jus”, que je suis quasiment débordé. Je travaille sur pleins de choses, et comme je suis en train de créer, j’ai des nouvelles idées qui me viennent. Je les note pour ne pas les oublier sachant que je ne peux pas les réaliser tout de suite.

Q : Comment t’inspires-tu ? T’inspires-tu du travail des autres artistes ? Pourquoi ?                     

Je m’inspire des autres artistes en essayer de travailler “contre” eux.
Il y a 2 sens à ce mot : “ne pas faire comme” et il y a “s’appuyer sur”. Donc j’essaie de m’appuyer contre eux. J’essaie de voir beaucoup de choses dans pleins de domaines artistiques différents. Même des domaines qui ne sont pas censés me plaire au départ, je prends souvent l’exemple de l’opéra. Je suis allé à l’opéra pour voir ce que c’était et pour comprendre pourquoi les gens pouvaient être passionnés par l’opéra. Je m’inspire de tout ça et je pense que tout le monde a quelque chose à apporter.
Il y a forcément des gens qui résonnent plus chez moi. Je pense à Alexandre Astier qui a traité de sujets de science dans ces spectacles d’humour. Cela m’a aidé dans ma manière de travailler mon spectacle. Il y a aussi Bernard Werber, qui construit ses livres et ses histoires comme la structure d’un corps humain. Je trouve ça très inspirant et je l’utilise également.
Il faut être “contre”, et pas faire de la copie. S’inspirer, c’est insuffler de nouvelles idées et non pas de reprendre à la lettre les idées des autres, évidemment.

Q : Que fais-tu quand tu n’es pas inspiré ?

Je ne le force pas, je peux chercher à le débloquer avec un mot dans un livre par exemple. J’adore ouvrir un ouvrage au hasard dans ma bibliothèque et trouver un mot. Voir comment ce mot pourrait répondre à mon problème d’inspiration.
J’utilise aussi des cartes italiennes qui sont juste des formes, des couleurs ou des concepts et qui peuvent aider à débloquer l’inspiration. Mais sinon d’une manière générale, tout m’inspire.

Ce qui fonctionne aussi pour moi, lorsque je manque d’inspiration, c’est de verbaliser mes pensées. J’explique ce que j’ai envie de faire à quelqu’un d’autre. 
La personne à qui vous parler va être comme un « miroir ». Il n’a pas forcément besoin d’apporter ses idées ou vous aider, mais c’est souvent très débloquant d’en parler. Il faut s’enlever parfois de l’isolement, c’est important.

Q : As-tu déjà eu le syndrome de la page blanche ? Comment t’en es-tu sorti ?

Exactement comme ça ! En parlant avec des personnes sur ce que j’essayais de “faire”. Je me suis aperçu que ce que j’étais en train de lui expliquer était des choses auxquelles je n’avais pas encore pensé. Cela aide beaucoup d’utiliser les autres comme des miroirs.

Q : Penses-tu que « tout » a été fait ? Comment ne pas copier ?

Moi je crois que rien n’a été fait. Je pense qu’à partir du moment où Jacques Brel a sorti “ne me quitte pas” on aurait pu dire « bon bah les chansons d’amour, c’est fait, il a créé le truc… »
Peut-être que la chanson d’amour a été faite, mais celle qui est racontée par toi ou par moi n’a pas été faite donc elle sera forcément différente. Je crois vraiment que la création passe par l’artiste en lui-même ou la personne en elle-même.
On en parle aussi pour les vidéos, les gens qui se disent : “Je ne vais pas lancer une chaîne de cuisine parce qu’il y en a déjà pleins, c’est déjà fait” Oui mais TA chaîne de cuisine n’est pas faite. Ton tempérament, ton énergie, ta manière de faire, tes idées, tes peurs, tes angoisses, ton talent ou ton manque de talent vont donner « un cocktail d’inédit », quelques choses d’originale.
Et pour ne pas copier, il faut savoir quelle est sa couleur artistique, sa patte, son clown, ce qu’on a envie de dire. A partir du moment où on veut “reproduire”, on voit bien qu’on n’est pas dans de la création. Reproduire ce n’est pas produire. S’inspirer c’est produire.


Q : Est-ce aujourd’hui plus difficile de créer qu’à tes débuts ? Pourquoi ?

Non, pas plus difficile, je mets juste un point d’honneur à éviter de me mettre trop de pression parce que comme maintenant, j’ai des gens qui me suivent je veux toujours proposer des choses qualitatives mais il ne faut pas que je m’empêche de produire parfois des choses simples, parce que j’ai envie de le créer. Donc je crée pour les autres mais avant tout on doit créer pour soi, c’est le plus important. Si tu ne crées pas pour toi, tu ne pourras pas embarquer les autres avec toi de toute manière.

Q : Penses-tu pouvoir créer indéfiniment ? Comment fais-tu pour renouveler tes idées et être tout le temps original ?      

J’en ai aucune idée. J’espère pouvoir créer indéfiniment, je crois que c’est mon moteur, c’est un truc de “vie”, j’ai l’impression de faire des choses dans ma vie en créant.
Renouveler, c’est juste de ne jamais prendre les choses pour acquis, je sors de ma zone de confort en permanence. Je découvre des nouvelles choses. Je me méfie du cerveau humain qui me fait croire que c’est mieux de ne pas se bouger et de rester à faire ce qu’on sait faire. Je pense qu’en faisant des nouvelles expériences en permanence, on peut renouveler ses idées indéfiniment.

Q : As-tu peur qu’un jour tout s’arrête ? Comment visualises-tu ton futur en termes de création, d’inspiration et d’évolution ?

Mon futur, je ne l’imagine pas sans la création. Je me dis que même dans 40 ans, j’en aurai quasiment 80, je m’imagine bien écrire peut-être un livre. Evidemment, au lieu de le faire en quelques mois, je le ferai en quelques années. Peut-être que je ferai un spectacle. Je serais là, sur scène avec ma chaise, une lumière sobre et j’aurai envie de raconter une histoire… Je ne sais pas.
Mais je sais que j’aurai toujours besoin de faire des créations et si ça se trouve, je vais me mettre aux maquettes et aux Legos étant vieux, mais c’est de la création en soit, tu vois. Donc je pense que si tu es dans la création un jour tu l’es quand même pour toujours, si c’est dans ton ADN.         

Q : Ce qui t’inspire en terme :

D’image ?
Je ne l’utilise pas, mais c’est toute l’imagerie du XIXe siècle, plutôt anglaise. On se rapproche des codes de Sherlock Holmes, ça m’inspire beaucoup. Et pourtant ce ne sont pas des images que j’utilise. J’utilise plutôt des choses modernes voir “tech”, mais je sais que cette inspiration me vient pourtant du XIXe siècle.

De film ?

Ce qui m’inspire ce sont les réalisations qui m’embarquent, qui m’emmènent complètement. Donc là je n’ai pas de film précis à citer mais les films de Nolan par exemple, m’embarquent vraiment et je me dis “wow comment a-t-il réussi à me faire croire que c’était vrai ?”

De série ?

Plutôt les séries à suite. Même des séries “teenage” comme Supernatural ou des trucs comme ça où je me demande “comment ils font pour qu’à chaque fois, j’ai envie d’en savoir plus et à chaque fois me surprendre quand même au fur et à mesure des saisons ? Qu’est-ce qui fait que tout est pareil mais à la fois différent ?”

De livre ?

Je fais l’impasse… Je lis environ 2 livres par semaine depuis très longtemps (même un peu plus en ce moment), donc je me nourris à la fois de romans, d’essais, de livres pratiques, de BD, d’escape book, de tout ce qui me tombe sous la main, donc je trouve qu’ils m’apportent tous des choses très différentes.

De lieu ?

Chez moi, La Rochelle, la mer. Je pense qu’il y a de la sérénité et ça m’amène des choses.

De couleur ?

Je pense que ce qui m’a le plus inspiré en termes de couleur c’est “l’étonnant pouvoir des couleurs” qui est un livre qui m’a appris à faire aimer des associations de couleurs qui ne sont pas faites pour aller ensemble à la base.

De musique ?

Mano Solo, pour sa musique, ses textes, ses rythmes, sa manière de ne pas faire rimer parfois. Il est très inspirant musicalement parlant. Mais il y a pleins de musiques plus ou moins actuelles qui m’inspirent, en passant par Vianney, par LEJ, Sinsemilya, Bigflo et Oli… Mais tu remarqueras que je cite souvent de la musique avec des paroles en français car j’ai besoin de bien comprendre toutes les nuances du texte pour apprécier la musique.

Merci Fabien Olicard d’avoir répondu à mes questions.

Pour conclure cet article, nous pouvons dire que l’inspiration est une force, une énergie, qu’on ne peut toucher, mais elle se travaille et se provoque. Par expérience, je suis le plus souvent inspiré, et c’est le cas aussi de Fabien, quand je ne fais rien. Sous la douche, au réveil, dans le train, et dans ces moments où mon cerveau se laisse emporté par cette énergie si mystique.
Je pense, et c’est ce qui en ressort de cet article, que tout le monde possède le pouvoir de l’inspiration, de l’imagination et de la création. Faut-il encore trouver le temps d’écouter cette petite voix qui vous insuffle cette énergie.

Allez, moi je retourne me coucher !